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À Prague, Macron joue les leaders de la coalition anti-russe, appelant les Européens à «ne pas être lâches»

Emmanuel Macron a appelé ce 5 mars à Prague les alliés de l'Ukraine à «ne pas être lâches» face à une Russie «devenue inarrêtable», assurant «assumer» ses propos sur un envoi éventuel de troupes occidentales. «Nous n'avons pas besoin de discussions sur le fait d'avoir plus ou moins de courage», a déjà réagi le ministre allemand Boris Pistorius.

Réunion européenne à l'Élysée, le 26 février 2024.

Troupes occidentales en Ukraine : les dirigeants européens désavouent Macron

«Si chaque jour nous expliquons quelles sont nos limites» face au président russe Vladimir Poutine qui, lui, «n’en a aucune et a lancé cette guerre, je peux déjà vous dire que l’esprit de défaite est là qui rôde», a déclaré le président français lors de sa visite ce 5 mars en République tchèque, enjoignant les alliés européens de Kiev à «ne pas être lâches». 

«J’assume pleinement» le «sursaut stratégique auquel j’ai appelé», a-t-il martelé lors d’une conférence de presse, estimant que «la clarté» de ses propos était «ce dont l’Europe avait besoin».

À ses côtés, le président tchèque, Petr Pavel, lui a apporté son soutien. «Je suis favorable à la recherche de nouvelles options, y compris un débat sur une présence potentielle en Ukraine», a-t-il approuvé.

L’Allemagne encore irritée par Macron ?

«Nous n’avons pas besoin (..) de discussions sur le fait d’avoir plus ou moins de courage», a déjà réagi ce 5 mars le ministre allemand de la défense Boris Pistorius, lors d’une conférence de presse à Stockholm avec son homologue suédois Pal Jonson. «Cela n’aide pas vraiment à résoudre les problèmes que nous avons lorsqu’il s’agit d’aider l’Ukraine autant que nous le pouvons», a-t-il ajouté. Le ministre suédois de la Défense a estimé de son côté qu’il était «important de garder (notre) unité» pour soutenir l’Ukraine.

Le 26 février, à l’issue d’une conférence internationale à Paris, Emmanuel Macron avait déclaré que l’envoi en Ukraine de militaires occidentaux ne pouvait pas «être exclu» à l’avenir, même s’il avait reconnu qu’il n’existait pas de «consensus» à l’heure actuelle.

Mais des États-Unis à l’Allemagne, en passant par la grande majorité des autres alliés européens, les dirigeants ont désavoué les propos du président français, déclarant qu’il n’était pas question d’envoyer des soldats sur le sol ukrainien et offrant une image de division dans le camp occidental. 

Des tensions s’étaient déjà fait récemment sentir parmi les Européens, le Financial Times révélant en décembre que Bruxelles avait lancé un audit sur les quantités d’armements que les États membres avaient fourni à Kiev. Ce contrôle faisait suite aux récriminations de Berlin, estimant que certains pays auraient les moyens d’en faire plus, notamment la France et l’Italie. 

En France, les oppositions ont dénoncé l’imprudence d’Emmanuel Macron.

«Nous ne voulons pas d’escalade», déclare en même temps Macron

«Nous ne voulons pas d’escalade, n’avons jamais été dans la cobelligérance», a paradoxalement déclaré le 4 mars au soir dans la presse tchèque le président français. L’Europe entre dans un moment «où il conviendra de ne pas être lâche», a-t-il ensuite lancé dans la matinée du 5 mars. «On ne veut jamais voir les drames qui viennent», mais «il nous faudra être à la hauteur de l’Histoire et du courage qu’elle implique», a-t-il ensuite jugé devant la communauté française.

Équipage d'un obusier russe D-30 de 122 mm (photo d'illustration).

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Emmanuel Macron semble de plus en plus vouloir imposer son leadership dans le soutien à Kiev et devrait aussi signer avec le Premier ministre tchèque Petr Fiala, un plan d’action 2024-2028 pour le partenariat stratégique bilatéral, alors que l’armée ukrainienne essuie des revers sur le front.

Les ministres français des Affaires étrangères et de la Défense réuniront leurs homologues des autres pays alliés le 7 mars pour détailler ces solutions, a indiqué l’AFP de sources diplomatiques. Emmanuel Macron doit aussi se rendre en Ukraine avant la mi-mars.

Parmi ces options sur la table figure une initiative tchèque visant à acheter des munitions hors Union européenne, en raison de la pénurie actuelle en Ukraine. Dès la mi-février, Petr Pavel avait évoqué quelque 800 000 munitions qui pourraient être envoyées en Ukraine «en quelques semaines» si les financements nécessaires (1,5 milliard de dollars, selon le Financial Times) étaient rassemblés.

Longtemps réservé, le président français a annoncé la semaine dernière que son pays participerait à cette initiative mais sans chiffrer sa contribution, contrairement à d’autres États comme les Pays-Bas qui ont promis 100 millions d’euros. Malgré les espoirs des autorités tchèques, le président français n’a pas avancé de montant ce 5 mars. Il s’est borné à réitérer son appui à ce mécanisme «extrêmement utile». La contribution devait être discutée au niveau ministériel.

Il s’est, par ailleurs, dit «tout à fait favorable à la proposition de taxer les revenus» des avoirs russes gelés, ce qui représente «3 à 5 milliards» d’euros par an, «dans le cadre légal» du droit international.

Sur le plan économique, sa visite vise aussi à appuyer la candidature du groupe d’électricité français EDF qui ambitionne de rafler le marché d’un programme nucléaire civil tchèque pouvant inclure la construction de quatre réacteurs.

Les dirigeants européens devraient penser plus rationnellement, selon Lavrov

Réagissant aux propos d’Emmanuel Macron du 26 février, le Kremlin avait dénoncé le danger d’une confrontation directe et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait ajouté que ceux qui évoquaient la création d’une coalition pour fournir des missiles ainsi que l’envoi de troupes au sol en Ukraine devraient «utiliser leur tête pour des pensées plus rationnelles et plus sûres pour l’Europe».

Depuis la mi-janvier et l’annonce par Emmanuel Macron de livrer 40 missiles Scalp supplémentaires à Kiev, Moscou dénonce l’implication croissante de Paris en Ukraine.

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