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Doctrine nucléaire, Ukraine et relation avec Moscou : Liz Truss vers une ligne dure diplomatique ?

L'ancienne chef de la diplomatie du Royaume-Uni, tenante d'une ligne dure à l'égard de Moscou, s'est dernièrement distinguée par ses multiples déclarations polémiques voire ses bourdes. Un avant-goût du mandat de cette admiratrice de la Dame de fer ?

Elue le 5 septembre par les conservateurs britanniques pour succéder à Boris Johnson, Liz Truss s’est présentée tout au long de la campagne interne comme l’héritière de Margaret Thatcher et a promis, dans un tweet publié pour remercier ses soutiens, de «libérer le potentiel du Royaume-Uni» par une politique «audacieuse». Jusqu’à présent à la tête de la diplomatie à Londres, elle s’est d’ores et déjà fait remarquer sur la scène internationale par une série de déclarations et de commentaires qui ont suscité la controverse.

Conflit ukrainien : Liz Truss assume une possible escalade militaire

Quelques jours avant le lancement de l’offensive en Ukraine, elle avait commis une erreur de géographie remarquée lors d’une visite très tendue en Russie. Face à Sergueï Lavrov, elle avait affirmé que Londres ne reconnaîtrait jamais comme russes les régions de Voronej et de Rostov, toutes deux situées dans le sud-ouest du pays avant de revenir plus tard sur ses propos. «Au cours de la réunion, il m’a semblé que le ministre Lavrov parlait d’une partie de l’Ukraine», avait-elle rectifié, précisant qu’elle avait confirmé au ministre que son pays reconnaissait naturellement la souveraineté russe sur ces zones. 

Partisane, comme Boris Johnson, d’un soutien résolu du Royaume-Uni à l’Ukraine, Liz Truss avait déclaré en avril que la victoire de Kiev représentait «un impératif stratégique» et affirmé que Moscou devrait également évacuer la Crimée. Une position sans compromis qu’elle a maintenue jusqu’à aujourd’hui, assumant même la perspective d’une escalade militaire majeure.

Royaume-Uni : Liz Truss élue Premier ministre


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Au cours de la campagne, elle a ainsi expliqué sans sourciller qu’elle était prête à utiliser l’arme nucléaire, et ce quel qu’en soit le coût. «Vous, Liz Truss, comme Premier ministre, pourriez donner l’ordre de déchaîner nos armes nucléaires», lui a ainsi demandé un journaliste le 23 août, précisant dans sa question que les utiliser signifierait «l’annihilation totale» de la planète. «C’est une des responsabilités importantes d’un Premier ministre», a répondu froidement la ministre britannique des Affaires étrangères. «Je suis prête à le faire. Je suis prête à le faire», a-t-elle martelé, déclenchant les applaudissements de l’assistance.

Tout aussi hostile à l’égard de la Chine, Liz Truss a promis fin juillet de renforcer les liens économiques et commerciaux avec les pays du Commonwealth – alliance réunissant surtout des anciennes colonies britanniques – afin de contrer ce qu’elle a appelé «l’influence malveillante croissante» de Pékin. Soutien affiché de Taïwan, elle a cependant exclu de se rendre sur l’île en tant que Premier ministre.

Des déclarations ambiguës sur les relations avec les alliés 

Les propos acides de Liz Truss ne se sont pas limités aux ennemis désignés du Royaume-Uni : lors d’une réunion électorale en août, elle a refusé de se prononcer sur les relations qu’elle entendait entretenir avec le président français. Quand la journaliste animant la soirée lui a demandé «Macron, ami ou ennemi ?», Liz Truss a répondu que «le jury» était «toujours en train de délibérer», faisant rire la salle. «Si je deviens Premier ministre, je le jugerai sur ses actes et pas sur ses mots», a-t-elle ajouté. Cette plaisanterie lui a valu une réplique de la part d’Emmanuel Macron, qui a déclaré qu’il «n’est jamais bon de trop perdre ses repères dans la vie» et réaffirmé la solidité de l’alliance franco-britannique, tout en égratignant en passage «des propos d’estrade».

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D’après le Financial Times, Liz Truss aurait même mis en question les bases même de «la relation spéciale» entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis à l’occasion de sa première rencontre avec le secrétaire d’Etat Antony Blinken, en septembre 2021. «Cette conversation était emblématique du style décrit comme cru, binaire et autoritaire par des responsables officiels américains et des analystes, certains estimant que Truss était prompte à adopter des positions radicales sans penser aux conséquences», a rapporté le quotidien financier fin août.

Dans la dernière ligne droite de la campagne électorale, Liz Truss a refusé de commenter une éventuelle candidature de Donald Trump pour la Maison Blanche. «Les Etats-Unis comme la France sont des démocraties éprises de liberté et je travaillerai avec ces deux pays, quel que soit leur dirigeant», a-t-elle dit, recyclant la formule d’Emmanuel Macron.

Sur le plan intérieur, Liz Truss devra affronter un fort mécontentement social sur fond d’explosion des prix de l’énergie et d’une inflation élevée qui a déjà déclenché d’importants mouvements de grèves. Après avoir mis en avant des baisses d’impôts de plusieurs dizaines de milliards d’euros pendant la campagne, et affirmé que les aides directes n’étaient que des «pansements» et des «aumônes», elle a cependant assuré le 1er septembre dans The Sun qu’elle fournirait, en cas de victoire, «un soutien immédiat pour que les gens ne soient pas confrontés à des factures de carburant inabordables».




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