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«Dissidence» : la politique de Macron à l’égard d’Israël jugée déséquilibrée par des diplomates

La voie choisie par Emmanuel Macron face au conflit à Gaza est loin de faire consensus au sein du corps diplomatique français. Selon plusieurs sources, des ambassadeurs regrettent la perte d'influence de Paris au sein du monde arabe et reprochent le manque d'équilibre de l'exécutif.

Les positions du président Macron sont loin de faire consensus au sein du corps diplomatique français. «Notre position en faveur d’Israël» est «en rupture avec notre position traditionnellement équilibrée entre Israéliens et Palestiniens», pointent du doigt plusieurs diplomates, selon une note ayant circulé au Quai d’Orsay et révélée le 13 novembre par Le Figaro. Ce document constitue ni plus ni moins qu’une «note de dissidence», selon les termes d’un ancien ambassadeur consulté par le reporter Georges Malbrunot. Cette initiative serait même «sans précédent de la part d’ambassadeurs de France au Moyen-Orient», selon Denis Bauchard, Charles-Henri d’Aragon et Yves Aubin de la Messuzière, ex-ambassadeurs dans la zone cités par Le Figaro.  

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Selon une source diplomatique interrogée par le reporter français, la note fait le constat d’«une perte de crédibilité et d’influence de la France» et de la détérioration de son image «dans le monde arabe», du fait des récentes positions du président français sur le conflit à Gaza. 

Lors de son déplacement en Israël le 24 octobre dernier, le chef de l’Etat français avait soumis l’idée d’élargir l’objectif de la coalition internationale contre Daech (Etat islamique) en incluant la lutte contre le Hamas. 

Emmanuel Macron le 9 novembre à Paris lors de la conférence humanitaire pour Gaza.

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L’hebdomadaire Marianne rapporte également cette grogne au sein du Quai d’Orsay à l’encontre des prises de positions du président français. Selon un article du 13 novembre, «le sentiment d’être mis à l’écart» est de plus en plus prégnant chez les diplomates, une source du ministère déclarant que le voyage du 24 octobre en Israël a été «la goutte d’eau qui a fait déborder le vase». Une référence à la réforme du Quai d’Orsay et à son ouverture à des personnes extérieures au corps diplomatique, voulue par le président Macron depuis 2019.

Même son de cloche dans un article du Monde datant du 8 novembre, qui a fait état de «crispations» au sein du ministère français des Affaires étrangères. «Il est absurde de ne pas appeler à un cessez-le-feu», s’insurgeait alors un diplomate contacté par le média français. 

Concernant la politique arabe de la France, il faut remonter au discours de Dominique de Villepin à la tribune de l’ONU le 14 février 2003 pour prendre conscience que Paris avait une voix audible dans la région. Le refus français de participer à la guerre en Irak fut acclamé dans tout le monde arabe, comme lors de l’accrochage de Jacques Chirac avec la police israélienne en 1996, celle-ci ayant empêché le président de s’adresser à des Palestiniens dans les rues de Jérusalem-Est. Une époque bel et bien révolue.

Outre la diplomatie française, celle des Etats-Unis commence à connaître un vent de révolte similaire. Les critiques à l’égard de la politique de Joe Biden sur le conflit israélo-palestinien se multiplient au sein de la diplomatie américaine. Axios le 13 novembre, et Politico il y a quelques jours, ont dévoilé des notes internes au département d’Etat particulièrement hostiles au président américain et à Antony Blinken.

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