Chroniques

La Russie veut-elle la victoire de Donald Trump ?

Un second mandat pour le républicain marquerait le début d’un véritable changement dans le positionnement international des États-Unis, selon Fiodor Loukianov, directeur scientifique du Club « Valdaï ».

Cet article a été initialement publié sur RT International par Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs, président du Conseil russe de politique extérieure et de défense et directeur scientifique du club de discussion «Valdaï».

 

Les deux candidats présumés à l’élection présidentielle américaine de cette année ont des vulnérabilités évidentes et obtiennent des cotes défavorables. Dans le cas de Joe Biden, la raison derrière la principale critique est claire : une démence sénile et une faiblesse cognitive de plus en plus évidentes. Donald Trump, quant à lui, subira une attaque conceptuelle – en tant que menace pour la démocratie et les intérêts nationaux des États-Unis.

Comme c’était le cas il y a huit ans, l’un des arguments récurrents est que Trump admire les dictateurs, rêve d’une autocratie et méprise les alliés des Américains, c’est pourquoi il souhaite reconsidérer l’ensemble de la stratégie de politique étrangère de Washington. Le thème traditionnel de l’ingérence russe du côté de Trump n’a pas encore fait surface, mais il est probable que celui-ci aura lieu sous une forme ou une autre.

En tout cas, l’argument selon lequel son retour à la Maison Blanche serait une victoire pour le Kremlin est un lieu commun. Il n’est pas nécessaire que nous partagions ce point de vue, mais on s’attend à ce qu’un éventuel deuxième mandat de Trump améliore la position de la Russie.

Donald Trump à Colombia en Caroline du Sud, le 24 février au soir.

Etats-Unis : nouvelle victoire écrasante pour Trump dans la primaire républicaine, cette fois en Caroline du Sud

Une hypothèse similaire a été émise en 2016 et 2017, à la veille et immédiatement après sa première apparition à la Maison Blanche. Néanmoins, on peut dire que les relations se sont considérablement détériorées ; d’ailleurs, Trump lui-même n’a cessé de répéter que personne n’était plus dur avec Moscou que lui.

En termes de nombre de sanctions et de restrictions, cette période a même établi un record, bien qu’aujourd’hui, avec Biden sur la sellette, elle semble n’avoir été qu’une répétition en vue de la véritable bataille à venir.

Alors, que pouvons-nous attendre de Trump s’il remporte la victoire en novembre ? En termes d’approches pratiques et d’expérience de vie, la réalité est que Trump, c’est un homme d’affaires et un entrepreneur. Et même, un entrepreneur indépendant.

Qu’attendre de Trump s’il l’emporte ?

Il a dirigé une entreprise familiale toute sa vie, en prenant seul toutes les décisions et tous les employés devaient lui obéir inconditionnellement. Seul lui était au centre de son univers. Mais aujourd’hui, il a également laissé de la place pour l’Amérique, qu’il doit rendre puissante pour entrer dans l’histoire comme étant le plus grand de tous les présidents. D’autres États, notamment la Russie, lui importent peu. Dans son esprit, ce ne sont que des outils pour l’aider à atteindre son objectif principal.

L’esprit d’affaires de l’ex-président est une qualité précieuse. 

L’esprit d’affaires de l’ex-président est une qualité précieuse. Aussi dur que soit un homme d’affaires professionnel, son travail n’est pas de ruiner mais de multiplier, sinon l’entreprise elle-même perd son sens. Trump a été le premier président américain depuis longtemps (probablement depuis Jimmy Carter) qui n’a lancé aucune nouvelle campagne militaire. Sa rhétorique sévère en matière de politique étrangère, avec des attaques arrogantes contre ses adversaires, est toujours accompagnée d’un recul prudent. Il est réservé et réticent à intervenir dans des situations lourdes de conséquences peu claires.

L’efficacité de pareilles tactiques sur la scène internationale est d’habitude remise en question. Mais là où Trump voit son intérêt principal, cela fonctionne, comme le démontrent les relations avec la Chine et les membres européens de l’OTAN. Dans les deux cas, le problème était une question d’argent : les conditions d’accès au marché américain et les montants payés pour la défense. Trump a réussi à avancer sur ces deux fronts.   

Des questions complexes avec un élément stratégique et des calculs géopolitiques ne peuvent pas être réglées au seul niveau financier, comme l’a également fait comprendre Trump avec son approche à l’égard de la Corée du Nord et, d’une certaine façon, de la Russie. Cependant, contrairement à son image, il se montre prudent avec les deux et guidé par le principe « ne pas nuire ».

Trump n’a aucun penchant pro-russe

L’isolationnisme dont Trump est accusé se manifeste par son indifférence par rapport à ce qui se passe dans d’autres pays, quelle que soit leur organisation. Cela remet en question toute la construction politico-idéologique des États-Unis d’aujourd’hui qui est basée sur l’expansion de ses valeurs afin d’aligner d’autres pays sur l’ordre dirigé par celui-ci. 

Cette approche trouve ses racines loin dans l’histoire du « Sermon sur la montagne ». Mais elle n’avait jamais été auparavant un impératif incontestable, soutenu par toute la puissance des États-Unis, comme cela a été le cas dans l’ère de la mondialisation. Les tentatives de Trump de remettre en question cet axiome sont la principale raison des attaques féroces contre ses idées en matière de politique extérieure. 

Ceux qui croient que Moscou favorise Trump n’ont pas entièrement tort, mais la raison n’est pas parce que ce dernier a un penchant pro-russe, car il n’en a vraiment aucun.

Si le candidat républicain l’emporte, il y a deux scénarios possibles. Le premier est une lutte désespérée à Washington, où beaucoup d’énergie sera dépensée dans les luttes entre partis et au sein des partis. La Russie y trouvera son compte, car l’attention de l’ennemi sera détournée.

Dans le second scénario, le retour de Trump, malgré toutes les circonstances extrêmement défavorables, signifiera le début d’un véritable changement de la position internationale des États-Unis – vers un agenda plus restreint et un choix plus pragmatique de priorités, ouvrant de nouvelles opportunités pour le reste du monde. 

 

 

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