Chroniques

Nous vivons tous dans le monde de Trump sans pouvoir en sortir

L’ancien président américain, aujourd’hui candidat républicain à la présidentielle, a savamment orchestré la frénésie médiatique autour de son arrestation, juge Bradley Blankenship. Analyse.

Cet article a été initialement publié sur RT en langue anglaise sous le titre We’re all living in Trump’s world, and there’s no escape par Bradley Blankenship, journaliste, chroniqueur et observateur politique américain. Il tient une rubrique sur la chaîne CGTN et travaille comme reporter indépendant pour plusieurs agences d’information internationales.

 

Beaucoup disent que l’ancien président Donald Trump, grand favori des candidats républicains à la présidentielle aux États-Unis en 2024, n’a pas eu la vie facile la semaine dernière. En réalité, c’est plutôt le contraire, Trump a connu une semaine absolument fantastique, au moins du point de vue de la promotion de sa marque et de l’anéantissement des plus grandes menaces à son encontre. Cela démontre que Trump est un maître imbattable des relations publiques et qu’il possède, peut-être, l’un des plus remarquables instincts politiques de tous les temps.

En guise d’avertissement préliminaire, rappelons que Donald Trump est un dirigeant minable et qu’il a été le président américain contemporain le plus incompétent. Cela concerne quasiment tous les critères possibles. Tout d’abord, il a fait plus que quiconque pour démanteler le projet impérial américain de l’intérieur (ce qui constitue un résultat positif quoiqu’involontaire de sa présidence), mais il a également vidé entièrement de leur sens les réglementations environnementales, porté un coup brutal aux droits des travailleurs, s’est complétement manqué sur la réponse fédérale américaine au Covid-19, et a renvoyé les relations interraciales un siècle en arrière (tout cela était bien délibéré et profondément négatif).

L’équipe de campagne de Donald Trump lève 7 millions de dollars après sa photo d’identité judiciaire

Trump est parvenu à unir les organisations syndicales et le capital financier contre lui à la fin du cycle électoral de 2020 – une conspiration, selon ses partisans. Mais il n’y a pas de conspiration : cela montre simplement qu’il faisait extrêmement mal son travail. Qui plus est, il représente une menace pour la stabilité fondamentale des États-Unis en raison de son égo maladif et de son manque pur et simple d’intérêt pour les faits. L’élection n’a pas été volée à Trump et aucune preuve ne suggère qu’elle l’ait été. Nous étions d’ailleurs nombreux à remarquer ce qu’il essayait de faire avant même que les présidentielles n’aient commencé.

Rien, d’ailleurs, ne laisse penser qu’il obtiendrait un meilleur résultat la fois suivante. Prenons sa récente idée d’introduire un tarif fixe de 10% sur les importations aux États-Unis, qu’il qualifie de système de «collier», censée promouvoir son programme «L’Amérique d’abord». Une telle mesure ne fera qu’obliger les États-Unis à renoncer à leurs engagements dans le cadre de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui aurait pour effet d’écarter Washington du commerce international normal.

Il faut reconnaître que cet homme est une personnalité médiatique avisée.

Cela étant dit, il faut reconnaître que cet homme est une personnalité médiatique avisée. Trump a bien été invité aux débats des primaires du Parti républicain, mais a refusé d’y participer afin de ne pas légitimer les autres candidats, d’autant plus qu’il ne pouvait contrôler ni les questions ni la discussion qui s’y tenaient. Puis il se fait interviewer par l’ancien animateur de la chaîne Fox, Tucker Carlson, sur la plateforme X (anciennement Twitter). L’entrevue sera visionnée plus de 250 millions de fois.

Le dernier débat républicain a été officiellement suivi par 24 millions de téléspectateurs, un taux d’audience historique. Si on veut favoriser Trump en considérant que presque tous ceux qui ont ouvert le tweet ont regardé son interview, cela signifierait qu’au moins dix fois plus de personnes se sont intéressées à son interview plutôt qu’au débat. Si on veut favoriser ses concurrents, en considérant que les vues réelles de son interview ne représentent qu’une fraction de ce chiffre, il est tout de même clair que Trump a réussi à atténuer le bruit médiatique autour des autres candidats, en particulier Vivek Ramaswamy, que beaucoup donnaient gagnant.

Le portrait anthropométrique : un coup de génie ?

Bien qu’ils aient volontairement ignoré le succès de l’interview de Trump, à peine les autres candidats publiaient-ils leurs vidéos le lendemain du débat, et Ramaswamy de commencer son tour d’honneur, que tout le monde ne parlait déjà plus que de l’arrestation de Trump et de la publication de son portrait anthropométrique. Un coup de génie. Non seulement l’a-t-il utilisé dans ses courriels de campagne, mais il est revenu sur X pour la première fois depuis deux ans en publiant son portrait anthropométrique devenu aussitôt viral. Et n’oublions pas qu’il s’est rendu en Géorgie de son plein gré pour répondre à ces nouveaux chefs d’inculpation. Il savait donc parfaitement ce qu’il faisait !

Beaucoup de ses sympathisants se réjouissent de la « montée en puissance » qui s’est produite à la faveur de ses trois inculpations, et maintenant d’une quatrième largement médiatisée autour de son portrait anthropométrique qui s’est transformé en opération de communication réussie. Mais il ne faut pas s’y tromper : Trump avait tout prévu depuis le début. Il savait exactement ce qu’il faisait et il l’a très bien fait, en récoltant apparemment la somme exorbitante de 7,1 millions de dollars depuis la publication de sa photo anthropométrique, un nouveau record pour sa campagne.

Ce qui explique le mieux, sans doute, pourquoi Trump est le favori incontesté des Républicains, doublé d’un candidat politique aussi magistral, c’est qu’il est capable de tordre tout à son avantage, et ce de la manière la plus tordue et la plus hypocrite.

Par exemple, le Parti républicain est le parti politique de la police et de ses lèche-bottes dans la société. C’est le parti politique dont les partisans viennent soutenir les flics dans tous les fils de commentaires autour d’un assassinat perpétré impudemment et froidement par un policier. Et pourtant voilà que Trump se fait arrêter et soudain se met à dénigrer le bureau du shérif local et le procureur, adoptant une posture antigouvernementale – et ça marche.

A la lumière de ces derniers événements, on a de plus en plus l’impression que ce monde est celui de Trump, et que nous ne faisons que le peupler. Nombreux sont ceux qui affirment que son arrestation prouve que les hommes blancs et riches sont enfin tenus responsables ; que la page du système juridique américain à deux vitesses va enfin être tournée. Au mieux, ce point de vue est prématuré, au pire il est totalement naïf, car même si on arrive à prouver sa culpabilité, il est toujours possible que Trump plaide coupable et ne voie jamais l’intérieur d’une cellule de prison. C’est probablement ainsi que les choses se termineront.

Mais regardez le récit qu’il parvient à inspirer aujourd’hui : de nombreux Américains, et beaucoup d’autres dans le monde, voient vraiment les choses telles que Trump les tourne. Le gars ne va pas tranquillement partir, en tout cas, pas tant que son pouvoir surnaturel en relations publiques peut l’aider à rester.

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