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Ukraine : en campagne électorale, Raphaël Glucksmann jette de l’huile sur le feu

L’eurodéputé et tête de liste aux élections européennes Raphaël Glucksmann a pris à partie ses concurrents de La France insoumise à propos de la guerre en Ukraine dans un entretien publié le 20 mars. Le torchon brûle à gauche sur les questions internationales.

«Moi, je connais le Donbass, contrairement à Aymeric Caron», a revendiqué dans L’Opinion, ce 20 mars, Raphaël Glucksmann. Le candidat «PS-Place publique» aux élections européennes s’en est pris au député de La France insoumise qui avait évoqué le Donbass comme des «territoires disputés», où «il est nécessaire d’écouter les populations qui sont les principales concernées, notamment les populations russophones», sur France 5 dans l’émission C ce soir.

Pour Raphaël Glucksmann, les élites françaises «sont longtemps restées dans cet aveuglement coupable». Il affirme qu’«il n’y a jamais eu de séparatistes dans le Donbass. Pas plus qu’il n’y a eu de révolution populaire en Crimée». Et d’estimer que «ce qui se joue en Ukraine n’est pas une affaire russo-ukrainienne», mais «une guerre contre l’Occident».

«Mélenchon réclame la paix. Glucksmann réclame la guerre»

Alors que la liste de la majorité macroniste dirigée par Valérie Hayer insiste sur le soutien à l’Ukraine pour attaquer le Rassemblement national en tête des sondages, et qu’Emmanuel Macron est régulièrement accusé d’évoquer le conflit ukrainien à des fins politiciennes, le candidat Raphaël Glucksmann a lui aussi décidé d’inscrire sa campagne dans les pas de Kiev, comme en témoignent les drapeaux ukrainiens agités lors de sa réunion publique à Lyon le 10 mars.

Dans son entretien à L’Opinion il fustige par ailleurs ce qu’il nomme le «poutino-pacifisme». Une expression qu’il avait déjà utilisée en visant Jean-Luc Mélenchon sur les ondes de Sud Radio le 20 mars : «Rien ne semble pouvoir le guérir de ce poutino-pacifisme. C’est bien la raison pour laquelle nous avons des listes différentes.»

Une sortie qui lui avait valu les critiques des élus insoumis, à l’image du député Antoine Léaument qui avait commenté ses propos sur le réseau social X (ex-Twitter) : «Mélenchon réclame la paix. Glucksmann réclame la guerre. Le 9 juin, choisissez.»

Divisions internationales à gauche

L’opposition avec les Insoumis sur les questions internationales est récurrente ces dernières semaines. Le 17 mars, le fondateur de LFI Jean-Luc Mélenchon avait ainsi déclaré sur le plateau de Dimanche politique sur France 3 : «Raphaël Glucksmann déshumanise les Palestiniens. Il ne veut pas reprendre le mot “génocide” pour parler de la situation à Gaza.»

Après l’intervention radiophonique de l’eurodéputé le 20 mars, l’ancien candidat à la présidentielle avait répondu sur ses réseaux sociaux : «Glucksmann reste dans l’insulte contre les Insoumis. Il semble incapable de mettre à distance la haine des Russes qui l’a conduit à travailler pour le dictateur géorgien Saakachvili aujourd’hui en prison pour corruption.»

Glucksmann, un atlantiste engagé de longue date

Le passé géorgien du candidat Glucksmann, qui a été conseiller de 2009 à 2012 du président Mikhaïl Saakachvili, lui est reproché à gauche et dans les milieux souverainistes. Ainsi l’économiste Philippe Murer avait-il diffusé une vidéo moquant les péripéties de l’actuel candidat du temps où il était «conseiller officieux du président». Lui aussi atlantiste, Saakachvili avait lancé en 2008 une offensive contre l’Ossétie du Sud, provoquant l’intervention russe.

Avant d’être le compagnon de la journaliste Léa Salamé, Raphaël Glucksmann a été marié à la ministre de l’Intérieur géorgienne (2012) Eka Zgouladze, qui deviendra ensuite vice-ministre de l’Intérieur en Ukraine (2014-16). Il s’affiche depuis belle lurette comme un opposant à la Russie et réclamait de se débarrasser du gazoduc Nordstream 2 en mai 2022, quatre mois avant son sabotage.

Raphaël Glucksmann a très tôt fait ses armes en matière de politique internationale. Étudiant à Sciences Po, il fonde Étudiants sans frontières, une association organisant notamment l’accueil d’étudiants tchétchènes en France qui estimait en 2003 : « Nous ne pouvons pas nous permettre d’abandonner une seconde fois les étudiants de Grozny. Nous aiderions ainsi les Russes et les islamistes à remporter une victoire définitive sur les démocrates tchétchènes.» Il s’engage également dans une critique de la France dans sa supposée complicité du génocide rwandais, provoquant la colère de la vieille garde socialiste. Par ailleurs, Raphaël Glucksmann soutiendra l’intervention américaine en Irak et contribuera à la revue atlantiste Le meilleur des mondes, où son père, André, écrivait déjà, comme l’explique un article du Monde de 2006 au titre évocateur – «Le meilleur des mondes, une voix pour l’Amérique» – dans lequel était évoquée «la difficile naissance d’un “néo-conservatisme” à la française». 

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